Diabetic foot ulcers and infection :
Current concepts
Calhoun J.H. - Overgaard K.A. - Stevens C.M. - Dowling
J.P.F. - Mader J.T
Traduction et résumé : Chloé Trial (assistant
de recherche clinique, Montpellier)
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PHYSIOPATHOLOGIE
Les trois facteurs prédictifs du risque d'ulcère de pied chez
un patient diabétique sont l' abolition du réflexe achiléen,
l'insensibilité au monofilament, et une TcPO2 inférieure à
30 mm Hg. L'angiopathie, la neuropathie et l'immunopathie sont les éléments
de sa pathogénie.
ANGIOPATHIE
Diffuse chez les diabétiques, elle est multisegmentaire (le plus souvent
atteinte bilatérale des membres inférieurs), et touche la circulation
collatérale.
Les mesures doppler montrent la corrélation entre l'altération des
vaisseaux et le développement d'ulcères car l'ischémie cutanée
favorise ulcération et infection.
Microangiopathie
L'augmentation de la pression microvasculaire chez les diabétiques entraîne
une mauvaise réponse de l'endothélium sous forme de sclérose
qui se manifeste dans le capillaire par un épaississement de la membrane
basale et donc une limitation de la vasodilatation (d'après une étude
récente, la pression capillaire serait corrélée à
l'équilibre glycémique).
Bien que des études histologiques montrent une bonne vascularisation du
lit des plaies, une occlusion partielle ou totale des vaisseaux due à l'épaississement
des parois est souvent observée dans les ulcères diabétiques
et parfois en peau périlésionelle. De plus, on observe une diminution
significative de l'épaisseur de la membrane basale des vaisseaux dans les
muscles striés lors de l'amélioration de la glycémie sanguine.
D'autres équipes, au contraire, réfutent l'existence d'un processus
occlusif artériolaire car il contre-indiquerait la reconstruction artérielle
(par limitation de la perfusion tissulaire) alors qu'elle est efficace en cas
d'occlusion de gros vaisseaux.
De plus, l'épaississement de la membrane basale ne semble pas associé
à un rétrécissement de la lumière (celle-ci est augmentée
chez les diabétiques au niveau de la peau et des nerfs même en cas
de neuropathie). Cet épaississement modifierait aussi le flux des nutriments
et probablement la migration des globules blancs mais pas la diffusion de l'oxygène
: la TcPO2 des patients diabétiques présentant des ulcères
est souvent supérieure à celle des patients dont les ulcères
ne sont pas d'origine diabétique.
NEUROPATHIE
Elément le plus important et le plus précoce dans le risque
d'ulcère, elle touche vite les fibres les plus longues et les plus fines,
y compris les fibres motrices des muscles intrinsèques du pied, induisant
la perte de fonction et la déformation des orteils en griffe avec points
d'appui, hyperpressions et frottements jusqu'à la déformation en
" pied de Charcot ".
Avec la neuropathie se forment des shunts artério-veineux distaux qui limitent
la perfusion : la peau devient fine, sèche et squameuse avec fissures et
crevasses.
Dépistée par le monofilament, la perte de sensations protectrices
(surtout chaleur, douleur et vibration) favorise l'ulcère de façon
évidente.
Quand une blessure cutanée intervient sans réponse neuro-inflammatoire,
l'infection se développe sans douleur, ni érythème, ni tuméfaction,
expliquant le diagnostic tardif et la progression rapide des ulcères diabétiques
IMMUNOPATHIE
Le mauvais contrôle glycémique prédispose à l'infection
mais l'immunité humorale semble normale (taux d'immunoglobulines circulantes
normal, nombre de lymphocytes B normal, réponse normale des anticorps à
la fixation du complément chez les souris).
In vitro, les anomalies du chimiotactisme des polynucléaires observées
chez des patients diabétiques seraient corrigées par leur incubation
avec de l'insuline. De même, la phagocytose et le rôle de destruction
intracellulaire des leucocytes sont nettement altérés par l'hyperglycémie
et totalement ou partiellement corrigés par le contrôle de la glycémie.
Plusieurs études ont montré le rôle néfaste de l'augmentation
de la glycémie sur la réponse immunitaire à médiation
cellulaire. Enfin, une étude sur le rat montrerait une immunodéficience
des lymphocytes T dans le diabète de type 1.
PREVENTION
Le contrôle de la glycémie est essentiel avec prise en charge
diététique, autosurveillance de la glycémie, suivi médical
approprié et traitement médical adapté.
L'autre élément primordial est l'éducation du patient surtout
en cas de neuropathie :
- Inspection quotidienne des pieds, des orteils et des chaussures
- Port de chaussures et chaussettes adaptées
- Ongles courts et limés avec une lime en carton
- Lavage quotidien avec séchage soigneux. Pieds toujours secs et au
chaud
- Utilisation d'une crème hydratante
- Pratique d'exercice physique, alimentation équilibrée et arrêt
du tabac
Cette prévention est nécessaire pour éviter les récidives
après une première plaie.
PRISE EN CHARGE DES PLAIES
DETERSION
Régulière et fréquente, elle est essentielle à
la cicatrisation pour l'élimination de tous les tissus nécrosés
ou infectés. Elle limite la flore bactérienne locale, source d'infection
et de retard de cicatrisation, laisse une plaie propre et ouverte et permet la
visualisation et donc un meilleur suivi évolutif de la plaie.
L'anesthésie est rarement nécessaire surtout sur terrain neuropathique
mais l'excision chirurgicale a parfois son indication.
PANSEMENTS
Leur premier rôle est l'entretien du milieu humide nécessaire
à la réparation tissulaire.
Ils sont classés en fonction de leur capacité de protection et de
conformabilité mais surtout de leurs paramètres fonctionnels :absorption
des exsudats, détersion des tissus non viables et diminution de la population
microbienne, réhydratation de la plaie et possibilité d'utilisation
comme vecteur d'antibiotique vers le lit de la plaie.
L'évaluation précise de la plaie guide le choix: couleur du lit,
taille et localisation, aspect des berges, aspect et quantité de l'exsudat.
Un même pansement ne saurait être utilisé pour toutes les plaies,
le but est de trouver le pansement adéquat à la restauration et
au maintien de la physiologie de la cicatrisation.
DECHARGE
Les points de pressions anormales et excessives dues à la neuropathie
doivent être corrigés dès la prise en charge initiale. Alitement,
éviction de l'appui, béquilles et autres méthodes orthopédiques
sont essentiels à la cicatrisation et à la prévention des
récidives.
Tout en autorisant la déambulation, le plâtre a prouvé son
efficacité. Peu rembourré et bien ajusté, il permet la cicatrisation
en 8 semaines par redistribution des zones de pression et oblige le patient à
la compliance. Cependant il est contre indiqué en cas d'infection et demande
un bon savoir faire du thérapeute lors de la mise en place et de l'adaptation.
Les plâtres de marches ou les demi-chaussures peuvent être enlevés
lors des pansements mais la cicatrisation exige la coopération du patient
(bien souvent difficile).
OXYGENOTHERAPIE HYPERBARE
L'hypoxie et l'acide lactique sont stimulants pour la réplication des
fibroblastes, la production de collagène et l'angiogénèse.
Utilisé en traitement adjuvant, l'oxygène hyperbare (malgré
une vasoconstriction locale) limite l'ischémie en périphérie
de la plaie par l'augmentation globale des taux d'oxygène dans le sang.
Cette augmentation élève le gradient d'oxygénation entre
la zone vive de la plaie et les zones atones et stimule la division des fibroblastes
des berges et donc améliore significativement la cicatrisation si la circulation
artérielle du patient est correcte.
Une infection de plaie peut être à l'origine d'une baisse de la pression
partielle en oxygène des berges.
De plus, des taux élevés d'oxygène tissulaire favorisent
la destruction bactérienne par les leucocytes et sont toxiques pour les
germes anaérobies.
L'oxygène hyperbare est donc indiqué chez les patients présentant
un ulcère diabétique de cicatrisation difficile et dont la TcPO2
est supérieure ou égale à la normale aux extrémités
soit 40mmHg.
TECHNIQUES DE POINTE
Utilisés en complément des pansements traditionnels et ayant
reçu l'aval de la " Food and Drug Administration ", les substituts
cutanés et les facteurs de croissance sont prometteurs.
- Apligraf est un substitut cutané à base de collagène
bovin et de cellules de prépuces de nouveaux-nés. Il contient des
fibroblastes et des kératinocytes vivants qui produisent cytokines, facteurs
de croissance et protéines de la matrice. Il protège la plaie en
stimulant la croissance de la peau et diviseraient par deux le temps moyen de
cicatrisation.
- Dermagraft est aussi un substitut cutané à base de fibroblastes
de prépuces de nouveaux-nés et d'une matrice extracellulaire sur
une structure bioabsorbable. Associé aux pansements classiques et à
la décharge, il aide la cicatrisation et raccourci sa durée.
- Regranex est quant à lui un facteur de croissance qui stimule la migration
cellulaire vers le site de la plaie et diminue le temps de fermeture des ulcères
profonds de pieds diabétiques associés à une neuropathie
et avec une bonne vascularisation (non testé pour les ulcères superficiels).
INFECTIONS
Elles sont menaçantes ou pas pour le membre en fonction de leur extension
en profondeur au niveau des tissus sous-cutanés, de la présence
ou non d'une cellulite, d'une lymphangite, et de l'intensité de l'ischémie.
Dans le premier cas, c'est le staphylocoque doré qui est le plus fréquemment
isolé (1/3 des patients) ainsi que le streptocoque. L'antibiothérapie
initiale sera donc orientée contre ces germes avec, par exemple, une bonne
efficacité de la clindamycine orale ou de l'association amoxicilline-acide
clavulanique pendant 2 semaines.
Les infections menaçantes sont en général polymicrobiennes
(staphylocoque doré, streptocoque B, entérocoque, bacille gram négatif
…) et nécessitent donc une antibiothérapie initiale à
large spectre. Les fluoroquinolones peuvent être utilisées ainsi
que la céfoxitine ou l'association ampicilline-sulbactam. Bien que répandue,
l'utilisation de la ciprofloxacine en monothérapie présente une
faible efficacité notamment sur le streptocoque et le staphylocoque. Enfin,
une bithérapie clindamycine-lévofloxacine offre une bonne couverture
et une utilisation simple pour les ulcères de pieds diabétiques.
L'antibiothérapie sera secondairement adaptée à l'antibiogramme.
La mise en culture de prélèvements tissulaires est la plus rentable
pour la bactériologie. A défaut, la culture et la coloration de
Gram de matériel de curetage du fond des ulcères ou des exsudats
peuvent guider l'antibiothérapie.
Enfin, la présence de gaz sur les radios peut orienter vers la présence
de bactéries aéro ou anaérobies ou d'une effraction tissulaire.
PLACE DE LA CHIRURGIE
Elle intervient en cas de retard de cicatrisation d'un ulcère de pied
diabétique malgré des soins locaux bien conduits, une décharge
efficace et une antibiothérapie adaptée mais aussi pour rompre le
cercle ulcère/infection/amputation et rétablir un statut fonctionnel.
CHIRURGIE VASCULAIRE
Un avis chirurgical est justifié devant tout retard de cicatrisation
sur terrain diabétique car une bonne perfusion est essentielle à
la cicatrisation et à la diffusion des antibiotiques.
Les élément cliniques de l'ischémie sont : la claudication,
souvent occultée par la présence d'une neuropathie, l'abolition
des pouls périphériques, la dépilation, l'atrophie cutanée,
l'épaississement des ongles. Les examens non invasifs comme le doppler
ou la mesure de la TcPO2 fournissent des éléments complémentaires
utiles à la prise de décision.
En cas d'indication chirurgicale, le système artériel des membres
inférieurs doit être visualisé avant le geste pour orienter
la technique. Classiquement, l'angiographie est l'examen de choix mais la résonance
magnétique et les dopplers présentent actuellement moins de risques
pour le patient diabétique (insuffisance rénale…) et peuvent
parfois être supérieures à l'angiographie.
Les techniques de prise en charge regroupent l'angioplastie transluminale percutanée
(avec ou sans stent), les pontages, les amputations si possible fonctionnelles
ou de sauvetage.
Le choix thérapeutique se fera en fonction de l'état général,
de l'état fonctionnel, de la motivation, de la compliance du patient, de
son statut vasculaire et de l'état de la plaie. Les considérations
de coût, de durée d'intervention et des moyens mis en œuvre
seront pesées en fonction du résultat fonctionnel et du bénéfice
attendus à long terme.
La discussion se fera avec les médecins, les chirurgiens, le patient et
sa famille.
CHIRURGIE ORTHOPEDIQUE
Dans un but d'aide à la cicatrisation et du maintien d'une certaine
fonction, elle consiste en excision et débridement des tissus nécrosés
et infectés, correction des déformations et points d'appui, restauration
de la biomécanique ou amputation totale ou partielle.
- L'excision intéresse la totalité des tissus nécrosés
ou infectés et la mise en culture d'une biopsie guide efficacement l'antibiothérapie.
- Les ténotomies, exostectomies, correction d'orteils en griffe ou en
marteau et les arthrodèses sont essentielles à la cicatrisation
et à la prévention des récidives.
- La reconstruction chez les diabétiques est difficile et à haut
risque de complication. C'est souvent l'amputation qui donne les meilleurs résultats
à long terme. L'ischémie étant fréquente sur ce terrain,
l'avis vasculaire est prudent pour la décision du niveau d'amputation et
d'un geste vasculaire éventuellement associé (risque de récidive
controlatérale).
Les facteurs émotionnels influencent beaucoup le patient dans sa prise
de décision concernant l'amputation. Le temps et les conseils sont importants
pour s'orienter vers la meilleure solution à long terme. La prise d'un
autre avis doit être encouragée et son état général,
nutritionnel et son immunocompétence doivent être évalués.
On considèrera enfin que les taux de morbi-mortalité sont élevés
après amputation et souvent dues à la comorbidité cardiaque
et rénale associées.
Advances in skin & wound care : january/february 2002
(traduction et résumé : Chloe Trial, assistant de recherche clinique,
Montpellier)