Les brûlures
L. TÉOT
Chirurgien plasticien - Hôpital Lapeyronie -
Montpellier
Retour
au sommaire de la base de connaissances
Introduction
Les brûlures réalisent des atteintes traumatiques aiguës
fréquentes, puisqu'on dénombre plus de 300000 brûlures en
France, dont 3000 graves, nécessitant une hospitalisation. 300 décès
sont à déplorer dans cette population. La cicatrisation des brûlures
est fortement dépendante d'un certain nombre de facteurs intriqués,
l'extension de l'atteinte, la profondeur, l'âge du patient, la qualité
de la réanimation, la qualité du traitement local.
L'un des problèmes essentiels reste l'appréciation de la profondeur
de la brûlure lors de l'examen initial :
- S'il est facile d'affirmer l'érythème (1er degré) où
la peau garde sa circulation superficielle et son pouls capillaire , ou encore
la carbonisation (3ème degré) où les veines sont thrombosées
sous une peau cartonnée et insensible, il est plus difficile de différencier
avec exactitude le deuxième degré profond du deuxième degré
superficiel
- Le deuxième degré superficiel constitue l'atteinte de la partie
superficielle de l'épiderme, sans atteinte du derme. La cicatrisation sera
complète en 15 à 21 jours, sans cicatrice disgracieuse séquellaire.
- Le deuxième degré profond constitue une atteinte partielle
du derme, qui peut donc en théorie cicatriser spontanément. Selon
l'étendue de cette atteinte, on peut assister à une cicatrisation
complète en 21 à 30 jours, soit à une non cicatrisation si
la lésion est trop étendue ou s'est secondairement approfondie.
L'apparition de phlyctènes dans les minutes qui suivent la brûlure,
est le témoin d'une brûlure du deuxième degré (superficiel
ou profond). Il est nécessaire de les mettre à plat en excisant
complètement le capot de la phlyctène, pour mieux évaluer
l'aspect des lésions sous-jacentes . On ne se contentera pas de crever
cette phlyctène. L'excision de l'épiderme décollé
est indispensable pour mettre en évidence la totalité de la lésion,
et en apprécier l'aspect .
Un aspect de lésion rouge vif, très douloureuse au contact avec
la compresse, se recolorant après pression au doigt et peu cartonnée
témoigne d'une deuxième degré superficiel.
Un état plus infiltré, ou l'aspect rouge est moins uniforme,
sans décoloration à la vitropression, parsemé de zones blanchâtres,
moins douloureux au toucher (atteinte des terminaisons nerveuses dermiques) témoigne
d'un deuxième degré profond.
Le troisième degré se présente comme une zone cutanée
intégralement blanche, dure, cartonnée et insensible. On devra alors
apprécier si la brûlure enserre circulairement un segment de membre,
le cou ou le thorax .
Les carbonisations intéressent plus particulièrement l'extrémité
distale des membres ou la face.
Il est classiquement admis que l'âge est un facteur très péjoratif
dans le pronostic vital de la brûlure. En fait, les progrès de la
réanimation initiale et le développement de nouveaux topiques anti-infectieux
ont sensiblement modifié la règle de Baux qui ajoute l'âge
à la surface brûlée, ce chiffre ne devant pas dépasser
100, faute de quoi le pronostic vital est sérieusement compromis. On constate
actuellement que des brûlés graves (plus de 30% de la surface corporelle
en 2° degré profond et 3° degré) âgés de plus
de 70 ans réagissent favorablement. Le facteur le plus péjoratif
reste l'atteinte pulmonaire lors d'accidents survenant en milieu clos, avec dégagement
majeur de fumées toxiques et brûlantes, qui vont définitivement
détruire les alvéoles pulmonaires.
A) Selon l'agent causal on distingue :
La brûlure thermique est une plaie aigûe
particulière, qui survient sur une peau saine antérieurement, et
entraîne une série de réactions locales dont la caractéristique
générale est de cicatriser en laissant une potentialité de
complications secondaires spécifiques, l'hypertrophie et la congestion.
Le point de départ est une agression thermique dont la température
dépasse 60° Celsius pendant un temps d'exposition de plusieurs secondes.
Il peut s'agir d'exposition thermique à une flamme, à une explosion,
à un liquide chaud. L'agression thermique peut être pure, ou être
associée à une agression chimique contemporaine par brûlure
ou explosion de produits chimiques en suspension ou en fusion. sous forme gazeuse
ou liquide.
Les brûlures thermiques entraînent deux situations communes avec
les brûlures chimiques :
- L'hypertrophie cicatricielle, qui évolue de manière lentement
évolutive sur une moyenne de 12 mois , et de façon non constante
(17% des patients n'en présentent pas). Cet état motive la mise
en place de vêtements compressifs, surveillés jusqu'au désépaississsement
de la cicatrice.
- La congestion, accumulation sanguine dans la région cicatricielle.
qui évolue en parallèle avec l'hypertrophie, et qui réagit
également au traitement mécanique par compression.
Ces deux états doivent être prévenus et traités.
La prévention des brides passe actuellement par le contrôle médical
strict des états inflammatoires post-brûlures. Laisser évoluer
une brûlure vers la constitution de brides, d'hypertrophie sévère
ou de chéloïde, c'est prendre un risque de voir se constituer un état
séquellaire définitif.
L'obtention d'une couverture cutanée ne résout pas tous les
problèmes. La phase dite de maturation, qui débute au moment où
l'épiderme est restauré et se poursuit pendant plus d'un an, doit
être considérée comme faisant parue intégrante du traitement
des brûlures. Le patient ressent pendant cette phase une fatigabilité
anormale et un oedème congestif du pied apparaît à l'effort.
Il est le plus souvent inapte à la reprise d'activité professionnelle,
surtout s'il s'agit d'une activité dite manuelle, tant que durent ces phénomènes
inflammatoires.
Les brûlures électriques se rencontrent
aussi bien chez l'enfant que chez l'adulte (accident domestique, plus rarement
accident de travail). Le membre supérieur (la main) est le plus souvent
la porte d'entrée (parfois la bouche chez l'enfant) et le pied constitue
la porte de sortie d'un passage corporel du courant électrique.
Les caractéristiques du courant lui-même sont a prendre en considération,
en se remémorant l'adage classique "le volt brûle, l'ampère
tue". Le courant domestique de 50 ampères est capable de provoquer
un arrêt cardiaque irréversible, alors que les dégâts
locaux provoqués par le voltage de 220 V sont souvent modérés.
A l'inverse, un courant de haut voltage peut également entraîner
la mort, mais il va surtout provoquer des dégâts locaux considérables
Les segments atteints sont parfois difficiles à conserver . La réhabilitation
secondaire des lésions séquellaires sur la peau est plus simple
que dans les lésions thermiques, car on ne retrouve pas ou peu, les phénomènes
d'hypertrophie et de congestion qui caractérisent l'atteinte thermique.
L'effet de flash ou d'arc électrique crée un dégagement
immédiat de chaleur au moment du contact avec le courant qui détermine
des lésions cutanées dont les caractéristiques sont identiques
aux lésions thermiques.
La brûlure chimique est sans doute la plus
difficile à caractériser et celle qui peut entraîner la formation
de cicatrices les plus disgracieuses. La détermination exacte de l'agent
causal est fondamentale. Le caractère acide ou basique de l'agent causal,
son degré de corrosion ( Concentration et masse molaire), sa nature, la
longueur du temps d'exposition doivent être déterminés dès
l'arrivée du patient. Certains agents chimiques seront démasqués
derrière une étiquette trompeuse ou une apparence banale, comme
par exemple l'acide fluorhydrique, composant incolore et inodore d'un certain
nombre de produits ménagers.
Les produits susceptibles de provoquer des brûlures sont nombreux et
d'une grande diversité. Miller, en partant du mode d'action, a établi
une classification en cinq groupes :
- Les corrosifs : ils comprennent les acides et les bases qui agissent par
coagulation des protéines avec inhibition des mitoses. Les bases provoquent
en outre une action de saponification des lipides qui conditionnent leur pénétration
; elles entraînent des brûlures plus graves que les acides.
- Les irritants corrosifs : ils agissent soir par oxydo-inhibition (composés
arsenicaux inorganiques, composés du phosphore, du soufre ... ), soit par
oxydation (chlore, iode, brome, permanganate de potassium). A ce groupe s'ajoutent
les dérivés hydrocarbonés (composés phénoriques).
- Les lacrymogènes -. ils sont classés en deux groupes suivant
qu'ils comprennent un groupement halogéné (chloracétone,
bromacétone ...) ou un groupement non saturé ( acroléine,
chlorures acides ...) .
- Les solvants de nombreux produits ou familles de produits, dont la causticité
est très variable, appartiennent à ce groupe : les carbures d'hydrogène
simples aliphatiques ou aromatiques (toluène, benzène ... ), les
carbures d'hydrogène halogènes (dérivés du méthane,
de l'éthane, de l'éthylène et du propane), les alcools en
solution concentrée, les aldéhydes et cétones.
- Les détergents et les mouillants : ils n'ont qu'une action irritative,
mais ils peuvent favoriser la pénétration transcutanée d'autres
substances.
La réhydratation par une voie veineuse profonde, la lutte contre le
choc et l'hypothermie, la sédation de la douleur seront mis en route dans
les minutes qui suivent l'accident pour tout brûlé âgé
dont la surface brûlée dépasse 20%. Son transfert dans une
unité spécialisée se fera rapidement.
B) Conduite à tenir immédiate
a) Localement
- Cooling : Immédiatement après la
brûlure, l'effet du refroidissement (cooling) à température
adéquate ( 10 minutes à 19°) par l'eau semble être un
facteur de prévention de l'aggravation des lésions en profondeur
d'après la Commission de Prévention de la Société
Française d'Etudes et Traitement des Brûlures. Attention toutefois
à l'hypothermie !
- Topiques locaux
L'application de topiques locaux immédiatement après l'accident
est parfois réalisée en urgence. Leur action peut être de
confort ou avoir un effet anti-infectieux local.
La Biafine est un produit indiqué dans les brûlures du premier degré
et deuxième degré superficiel.
Les pansements hydrogels (Burnshield) ou l'application sur cooling bien fait peuvent
également avoir un effet rafraîchissant (celui de la Biafine est
souvent remarqué par le patient).
Mais si l'on dispose de Flammazine, il est également licite de recouvrir
les zones brûlées au 2ème degré profond ou 3ème
degré par cette pommade aussi rafraîchissante localement et dont
le rôle anti-infectieux a été démontré depuis
longtemps.
b) Les règles élémentaires de la réanimation
de base
La formule de Guilbaud doit être connue de tous. Elle correspond à
la quantité de liquide à administrer dans les 24 premières
heures après une brûlure dépassant 10% de la surface corporelle :
2ML x KG de POIDS du SUJET x % de SURFACE BRÛLÉE
de cristalloïdes doivent être passées pendant les 8 premières
heures" (+ la ration de base évaluée à 2 litres/ jour)
Exemple :
Pour un sujet dont le poids est de 70 KG, brûlé sur une surface
de 30%, on devra donc mettre en place rapidement une perfusion de 2 x 30 x 70
+ 2000mll de ration de base = 6200ml. Les 2/3 doivent être passées
en 8 heures. On démarre donc une réanimation de 4133 ml à
passer en 8 heures soit un peu plus de 500 ml / heure.
Les cristalloïdes peuvent être utilisés comme liquide de
remplissage en urgence, mais d'autres équipes utiliseront du sérum
glucosé à 5%. Lors de chocs hypothermiques, les colloïdes (
hydroxyléthylamine) sont indiqués.
Tout patient brûlé grave doit être perfusé et rapidement
(avant la 8ème heure) conduit à un Centre de Traitement des Brûlures.
c) Le contrôle de la douleur
Dans la plupart des cas, on devra appliquer un traitement antidouleur pour
le transport. L'utilisation judicieuse des morphiniques en alternance avec des
antalgiques non morphiniques est préconisée par la plupart des équipes.
En urgence, les brûlures dépassant 10% de la surface corporelle seront
calmées par l'injection de morphinique en sous-cutané.
Pour des brûlures plus superficielles, beaucoup de personnes âgées
font encore appel. surtout en campagne, à des techniques de médecine
parrallèle. L'effet sur la douleur peut se révéler efficace,
bien que la littérature portant sur des études comparatives randomisées
reste pauvre à ce jour. Un des effets pervers constaté par de nombreux
confrères généralistes reste la non application de pansements
stériles, ce qui conduit souvent à ne voir la brûlure que
tardivement à un stade où la surinfection locale est manifeste.
Il est nécessaire de bien dissocier les éventuels effets positifs
d'une prise en charge thérapeutique sur la douleur par un "arréteur
de feu" de ceux découlant de l'hygiène et du respect des règles
édictées par Pasteur il y a plus d'un siècle.
Toute brûlure doit être désinfectée et protégée
par un pansement stérile jusqu'à cicatrisation.
On pensera à cette occasion à vérifier la vaccination antitétanique.
d) Les patients seront intubés et ventilés pendant
leur transport, surtout si la face est brûlée
Il faut toujours suspecter une brûlure des voies aériennes supérieures
si la face est touchée, surtout si l'accident a eu lieu en milieu fermé.
Immédiatement l'œdème de la glotte peut rendre extrêmement
difficile l'intubation, à long terme le risque d'insuffisance respiratoire
léthal est important.
d) Incisions de décharge
Devant une zone insensible, blanche, étendue et circulaire, brûlée
au 3ème degré il est impératif, a fortiori si un discret
oedème apparaît à l'extrémité du membre, de
décomprimer ce garrot qui ischémie un segment de membre. Ces incisions
de décharge se font sans anesthésie car les terminaisons nerveuses
sont détruites par la brûlure. Au niveau de la main, les incisions
seront longitudinales et radiaires sur la face dorsale à partir du poignet,
et se dirigent vers le milieu de chaque commissure. Ces incisions sont prolongées
si nécessaire par des incisions latérodigitales , réalisées
un peu en arrière du trajet du nerf collatéral, jusqu'au niveau
pulpaire.11 est exceptionnel de devoir pousser ces incisions aussi loin au niveau
du pouce, la région thénarienne assurant une possibilité
d'absorption de l'œdème qui n'existe pas au niveau des autres doigts.
Il est par contre fréquent d'avoir à inciser par incisions longitudinales
parallèles la peau du poignet, pour décomprimer les axes vasculonerveux
de passage. On peut être amené à prolonger ces incisions vers
la racine du membre.
La technique doit être connue et respectée : l'incision ne concerne
que l'épaisseur de la peau, et ne doit pas être étendue en
profondeur vers les aponévroses musculaires et les gaines. On n'incise
pas la peau en regard du trajet d'un pédicule vasculo-nerveux.
En cas de saignement excessif des tranches de section chirurgicale, la compression,
les pansements hémostatiques et parfois les points d'hémostase au
fil seront nécessaires.
e) Les produits de recouvrement cutanés
- Les pansements gras. Ils sont les plus connus car utilisés depuis
très longtemps. Leur inconvénient est d'être pro-inflammatoire
et de laisser se développer l'infection locale. Ils favorisent la détersion
bactérienne, source de bactériémie et d'hyperthermie secondaire
- Les produits activant la détersion : les enzymes protéolytiques
(Elase) sont proposés en adjonction avec les autres topiques locaux. Ils
activent la détersion des tissus nécrosés.
- Les topiques anti-infectieux comme les dérivés de la sulfadiazine
argentique (Fianimazine) inhibent la prolifération des germes bactériens.
Leur action permet le développement d'un tissu de bourgeonnement sain,
dénué d'infection locale et prêt à greffer. La Flarmnazine
est toutefois peu active sur le Pseudomonas, qui n'interfère que faiblement
avec le bourgeonnement de la plaie, et sur le Staphylocoque, germe de surinfection
que l'on reconnaît à son action nécrosante sur les berges
de la plaie et à l'exsudation importante.
On peut dans certains centres de brûlés disposer de Flammacérium.
Ce produit semble posséder une action anti-infectieuse majorée,
par adjonction à la Flammazine de nitrate de cérium à 2%.
- De nouveaux produits apparaissent épisodiquement sur le marché
de la couverture cutanée temporaire. Certains sont exclusivement efficaces
sur les brûlures superficielles, d'autres sur les brûlures profondes.
Il faut bien préciser la profondeur de la brûlure avant de les proposer.
On distingue :
- Les substituts cutanés temporaires, qui permettent de remplacer la
perte d'une zone cutanée totalement détruite par atteinte au 3ème
degré (Biobrane, Derme artificiel recouvert ou non d'épiderme de
culture, Intégra).
- Les pansements adsorbants ( hydrocolloïdes, hydrocellulaires, alginates)
favorisent la cicatrisation en absorbant les exsudats et en maintenant localement
une atmosphère humide propice au bourgeonnement et à l'épidermisation.
Ces pansements ont peu d'action sur la détersion. Ils seront donc prescrits
sur des zones brûlées au Mme degré superficiel (parfois profond
si peu étendu).
- Certains pansements modernes (acides aminés, dérivés
de la chitine) ne s'appliquent qu'au deuxième degré superficiel
ou aux zones donneuses de greffe cutanée (qui équivaut à
une lésion de même profondeur).
C) Pendant la phase d'hospitalisation en Centre de Brûlés
a) La lutte contre l'infection
Elle est poursuivie quotidienement. L'utilisation de topiques anti-infectieux,
le pansement quotidien ou tous les deux jours, la qualité de la réanimation
permettent d'atténuer l'explosion infectieuse qui était la règle
après 15 à 20 jours d'hospitalisation. Cette phase est capitale
pour préparer la zone brûlée à la greffe. La durée
moyenne d'hospitalisation varie de 28 à 39 jours selon les équipes.
b) Les techniques chirurgicales
- L'avulsion de la peau brûlée. Ceci comprend l'ablation chirurgicale
de la totalité de l'épaisseur de la peau jusqu'à l'aponévrose
sousjacente. Réalisée soit au dermatome électrique réglé
sur l'épaisseur maximale de coupe, soit au bistouri électrique (risque
de saignement ) ou mieux au laser lorsque la surface est importante (économise
la perte sanguine en coagulant d'emblée les vaisseaux inférieurs
à 1mm de diamètre), cette avulsion sera suivie d'une greffe de recouvrement
cutané comme précédemment. Elle sera réservée
aux lésions profondes, du 3ème degré. L'avantage d'une telle
excision est de libérer rapidement l'oedème.
- La détersion assistée : c'est une détersion progressive,
réalisée lors de chaque bain sous anesthésie.. en épluchant
la nécrose et les tissus brûlés, entretenue par des pansements
détergents. La greffe sera retardée au moment où le sous-sol
est devenu bourgeonnant. Cette attitude mesurée est particulièrement
indiquée chez les patients présentant un contexte général
déficitaire, soit dans le cas de brûlures graves étendues,
soit encore dans les cas vus tardivement où la détersion a déjà
commencé.
- L'excision greffe précoce :
On regroupe sous ce terme un éventail de possibilités et d'attitudes
aussi large que le nombre de malades qu'il concerne. Ce vocable sous entend une
attitude résolument excessive vis à vis de la peau brûlée
mais en fait plusieurs comportements différents peuvent être proposés
en pratique :
- L'excision-greffe décrite par Janzekovic est une excision chirurgicale
partielle de l'épaisseur de la peau, tangentielle, réalisée
au bistouri de Lagrot ou au dermatome électrique. L'indication de ce geste
est la brûlure du deuxième degré profond, avant le 4ème
jour. Elle sera suivie par une greffe mince de peau pleine débordant la
zone à greffer, respectant les unités fonctionnelles. Le terme greffe
mince correspond à une greffe de 2 à 3/10ème de mm, prélevée
sur une zone donneuse ( classiquement les cuisses. les fesses, le dos, mais on
propose de plus en plus le prélèvement du cuir chevelu, respectant
les bulbes pileux et donc secondairement cachée par les cheveux).
- La greffe de peau mince peut être expandée par un appareil de
multiplication ( x2, x4), afin de recouvrir la plus vaste zone possible.
- La greffe de peau totale n'intéresse que certaines régions
qui se rétractent lorsque greffées par une greffe mince, comme la
face ou les extrémités des membres. Cette technique est limitée
en surface car elle ampute le capital cutané.
- Les techniques onéreuses de cultures cellulaires de kératinocytes
ne sont pas actuellement applicables aux personnes âgées.
D) La phase de rééducation
C'est une étape importante pour deux raisons :
- Elle détermine l'état local définitif de la peau , en
prévenant l'apparition de l'hypertrophie et de la congestion.
- C'est la phase où le patient risque de poser de nombreux problèmes
médicaux liés à une décompensation sur le plan général
(catabolisme intense) d'un état antérieur fragile (5% des patients
décèdent durant cette phase).
L'hospitalisation en centre n'est pas la règle, mais le conditionnement
local et général doit être parfait sous peine de voir se constituer
des hypertrophies majeures source de pnuit, de brides invalidantes sur le plan
fonctionnel de désépidermisations nécessitant des pansements
chroniques.
Deux grands principes dominent cette phase :
- La contention mécanique des zones cicatricielles.
Elle se fait grâce à la mise en place d'une pressothérapie
adaptée (vêtements compressifs réalisés sur mesure)
et l'application de produits locaux (topiques, crèmes hydratantes) en massage
réguliers.
- La mobilisation locale, mais aussi générale afin d'éviter
le glissement psychologique et l'abandon. La récupération de la
marche et de l'autonomisation partielle dans la vie quotidienne, puis de l'autonomie
totale se fait par palier, grâce à la reprise de la déambulation,
la verticalisation sous bandes biflex lors de brûlures des membres, la lutte
contre l'amyotrophie. Le schéma de marche est souvent perdu et les performances
sont inhibées par le manque d'initiative du patient. L'autonomie est en
général acquise en 2 mois.
Il n'est pas rare, surtout chez la femme, de voir encore, malgré l'âge,
des soucis d'ordre esthétique qui peuvent faire l'objet secondairement,
vers le 6ème mois post brûlure d'une demande de cure thermale. Elles
peuvent également être indiquées pour des prurits ou des états
congestifs résiduels.
Plusieurs possibilités de cures existent en France, remboursées
totalement ou partiellement (Saint-Gervais, Le Fayet, La Roche Posay, Avène
les Bains).
La prise en charge à 100% des séquelles fonctionnelles ou esthétiques
de brûlures est de règle après geste chirurgical de K>50.
Conclusion
Le terrain cicatriciel des brûlures est très particulier au sein
des plaies, au point que les spécialistes prenant en charge ces problèmes
se sont regroupés au sein de la Société Française
d'Etude et Traitement des Brûlures sous la dénomination de brûlologues.
Ce domaine fermé progresse rapidement et il n'est pas rare d'obtenir des
couvertures cutanées de patients brûlés à plus de 8O%
de leur surface cutanée. Le problème essentiel dans ce cas demeure
l'aspect final de la cicatrice, domaine social s'il en est dans lequel les techniques
combinées dérivées de la recherche portant aussi bien sur
les pansements que sur les techniques chirurgicales, devraient encore améliorer
le pronostic cicatriciel des brûlures.
Journal
des Plaies et Cicatrisations n° 7 - Mai 1997